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Le «roman de Solon» de Martine Ruchat

Posted by Kaléas Fé on 22/07/2014 in Secrets de livres |

Voici un livre que j’ai lu sur la recommandation de la publication française Historiens et Géographes. Un roman tiré d’une recherche archivistique qui s’étire sur trois générations. J’ai trouvé très intéressant de d’approfondir ma connaissance de la vie des plus démunis de cette époque.

En 1840, à Genève, lorsque Marie Solon dépose son enfant dans la boîte à Toutes-Ames de l’Hôpital général, elle est soulagée. En allégeant sa propre vie, elle assure celle de son fils. Or, pouvait-elle se douter, comme ceux qui liront ce roman, qu’elle entame doublement sa biographie ? En chargeant les gens de bien de l’âme d’un insoumis et en leur offrant pour la première fois l’occasion d’écrire son nom : «Lundi 17 jours du mois d’août à trois heures avant midi est né à Genève, rue Beauregard N° 66, Marc Solon, enfant naturel de sexe masculin, fils de Marie Solon, domestique, âgée de 26 ans et sept mois, non mariée, exposée à Genève, domiciliée à Gy, Commune de Jussy en ce canton.»Sa biographie aurait pu s’arrêter là et Solon rester un inconnu comme tant de pauvres fichés, et classés, dans les archives communales et cantonales. Or, il n’en a pas été ainsi.Solon a su en intéresser plus d’un et plus d’une, par sa vie d’enfant placé et de simple voleur, mobilisant les institutions genevoises d’assistance et de justice, et les plumitifs qui se succéderont au cours du temps pour écrire sa biographie.

Parfois on se tait et n’écrit pas, et un jour on est lu et entendu. Enfin.

Le 12 novembre 1994, alors qu’il fait gris sur Genève, comme souvent en cette saison, une femme appelle l’association Les Archives de la vie privée connue pour conserver des archives de familles de milieux populaires. Elle débarrasse l’appartement de son père décédé, il y a tout juste un mois, à l’âge de 98 ans. Elle dit qu’elle doit faire vite. Meubles, bibelots et vaisselle sont déjà partis dans des oeuvres caritatives. Il reste des objets plus intimes, dont elle ne peut se défaire aussi facilement : une collection de pièces de monnaie anciennes, un fauteuil de velours vert dans lequel son père a passé tant de moments à lire, un chronoscope au boîtier en cuivre et or, hérité sans doute de son propre père, et sous le socle duquel on peut lire la date 1892.
Martine Ruchat est chercheuse et enseignante à l’Université de Genève. Elle est l’auteure de L’oiseau et le cachot (Zoé, 1990), Les chroniques du mal (Passé Présent, 1999), Inventer les arriérés pour créer l’intelligence (Peter Lang, 2003).

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